Qu’ont l’arbitrage et le mal de mer en commun ? La nausée.
Le mal de mer est provoqué par les messages contradictoires reçus par le cerveau de l’oreille interne et des yeux. L’oreille interne indique que le corps est en mouvement, les yeux indiquent le contraire.
Le résultat ? La nausée.
En ce qui concerne l’arbitrage, notre cerveau nous indique les règles, mais les yeux voient tout autre chose.
Résultat ? Toujours la nausée.
A partir de cette petite analogie, je souhaite réagir aux critiques qu’essuie le corps arbitral depuis quelques temps. Mais revenons en arrière.
Je me suis amusé à revoir quelques matchs du tournoi des 5 nations, pendant les années 80. Quel choc !
Durée moyenne de jeu effectif : environ 20 minutes, très peu de phases de jeu supérieures à 30s, des mêlées, touches, pénalités à n’en plus finir…… En bref, je me suis fais ch…..
Entre temps, le professionalisme est passé par là, avec la nécessité d’engendrer des recettes pour payer tout ce petit monde. On s’est donc tourné vers les médias. Le service public n’ayant pas comme vocation de subventionner un sport plus qu’un autre, c’est un diffuseur privé qui s’est proposé. Au début, le public était composé de connaisseurs, peu exigeants. Mais il fallait plus de recettes, donc toucher un plus grand public. Il fallait rendre le produit plus attrayant. Pas question de faire un chèque de plusieurs dizaines de millions d’euros pour se faire ch…. à regarder un match de rugby.
En 1996, David MOFFETT (ancien patron de la NZRU) résumait parfaitement l’état d’esprit :
« Nous voulions que les mères de famille puissent prendre du plaisir à ces matchs. Elles étaient notre cible première, parce qu’un jour, elles enverraient au rugby leurs enfants.»
Les diffuseurs exigent donc du SPECTACLE, sur, en dehors et autour du pré. Pas de spectacle, pas de public. Pas de public, pas d’argent. Pas d’argent, pas de salaire. Pas de salaire, pas de joueurs. Pas de joueurs, retour au rugby amateur des années 80. Pas question ! ! ! The show must go on !
Le rugby a donc l’obligation d’engendrer du spectacle. Le hic, c’est les règles !
Elles ne se prêtent pas à un jeu débridé, au spectacle. Donc les arbitres s’adaptent. Ils ferment les yeux sur certaines fautes, ils décident de ne pas en appliquer d’autres….. Le résultat est certes spectaculaire. Nous dépassons régulièrement les 2 minutes sur les phases de jeu, l’arbitrage vidéo va des fois aller dans le sens du spectacle en accordant ou pas un essai afin de maintenir le suspense. Les exemples sont légions.
Nous revenons donc au mal de mer. Quand un acteur du rugby (joueur, entraîneur, président de club, spectateur plus ou moins averti) regarde un match pro, son cerveau enregistre un certain nombre de fautes, et ses yeux voient l’arbitre faire autre chose. D’où la nausée et le raccourci facile de dire que les arbitres sont nuls.
Sont-ils nuls alors ? En ce qui concerne les règles, personne ne les connaît mieux qu’eux. Physiquement, ils sont peut être un peu justes, mais lorsqu’on est amateur, difficile de faire mieux, faute de temps. Serait-ce donc qu’un simple problème de communication ? Je m’explique.
Au niveau pro, on leur demande d’assurer le spectacle. Ils doivent donc interpréter les règles dans ce sens ; ce qui est parfaitement fait, vu l’affluence du public et l’engouement des médias (avec l’argent qui va avec). Les arbitres remplissent donc leur part du contrat. Mais les autres acteurs du rugby s’appuient sur les règles pour mettre en évidence des lacunes, méconnaissances (sic!) des arbitres.
Il faudrait donc communiquer sur le fait que les arbitres du secteur pro vont volontairement « oublier » certaines règles afin d’assurer le spectacle ; spectacle qui rémunère ces mêmes acteurs qui décrient les arbitres ! Personnellement, même en temps qu’arbitre, je ne verrais aucun inconvénient à ce que les règles IRB soient considérablement raccourcies et simplifiées, voire profondément modifiées. Parce que dans les faits, c’est ce qui se passe. Il suffit de regarder un match du super 15 pour en être persuadé.
Arrêtons donc cette inadéquation entre ce que l’on voit et ce que dit la règle. Le rugby est trop engagé dans l’ère du professionnalisme pour faire machine arrière. Nous ne pouvons donc pas changer ce que l’on voit. Il reste donc l’option de changer OFFICIELLEMENT les règles pour éviter cette nausée tenace. Ou de ne rien faire, ni dire et continuer de s’indigner sur les comportements déviants mais compréhensifs, des acteurs de ce sport, du niveau international à la 4ème série !
Ce billet d’humeur a été écrit par un membre de notre forum, macleod33, arbitre en activité. Si vous souhaitez participer à ce débat, ou simplement réagir, n’hésitez pas à le faire sur notre forum sur le sujet dédié.


Il manque une nuance importante a mon avis: le probleme n’est pas d’avoir voulu faire du rugby un sport ultra populaire, c’est d’avoir voulu le faire du jour au lendemain. La patience n’etant pas la vertue premiere de notre societe actuelle, il faut tout avoir tout de suite. Le beurre et l’argent du beurre. On aurait pu laisser le jeu evoluer par lui-meme, tranquillement, par l’influence des changements dans les cadences d’entrainement, dans les methodes, dans les modes de strategie de jeu, etc. Mais la pression des argentiers d’un sport devenu professionnel est trop forte… D’ailleurs on pourrait aussi parler d’un effet inverse bien connu: l’enjeu (pecunier) tue le jeu. Le style de jeu dans le top 14 est de plus en plus restrictif. Mais ce n’est pas pour ca que le public va repartir aussi vite qu’il est arrive.
Je ne pense pas qu’un rythme eleve soit le seul parametre a prendre en compte pour faire d’un sport un spectacle. Regardons pas exemple feu Max Guazzini et ses shows au SDF. Regardons le football americain: des phases de jeu de 10s, des pubs de 30s toutes les 5min, et pourtant c’est le sport numero 1 pour plus de 200 millions d’americains.
En bref je trouve votre argument sur l’arbitrage pertinent, mais l’article est trop reducteur. Il y a beaucoup plus de choses a prendre en compte.